03.01.2011

Association Superarte," Rendre sa place à l'être humain"

 

Association Superarte

 

Revue CASVP .pdf

Livret Expo Mars 2008.pdf

 

 

 

Expérience de l’atelier Superarte :

un exemple de dispositif 

 

L’expérience qui suit, relate le dispositif d’un atelier psycho-éducatif Superarte,

que j’ai créé avec un sculpteur, Antonio Perla, en 2005. L’idée a germé en Colombie,

mais elle a été réalisée au Honduras puis au Guatemala. Nous avons eu l’occasion de

proposer cet atelier à différentes institutions par la suite.

À mon retour en France, à Paris, en 2007 et 2008, nous avons souhaité adap-

ter et proposer ce dispositif Superarte à différents centres d’hébergements d’urgence

accueillant des jeunes sans abris. Nous nous sommes adressés à des adolescents et

à des adultes. La situation des jeunes en Amérique centrale et à Paris, en Europe

reste différente ; cependant nous avons été confrontés au même profil de l’adolescent

en souffrance psychique en quête d’identité, ayant une mauvaise image de lui, dans

l’absence de dignité. Leur ouvrir un espace pour créer, penser, s’exprimer, tout en

appartenant à un groupe, leur a semblé essentiel à eux aussi.

En Amérique centrale, ces personnes sont dans un contexte d’urgence, de lutte

pour la survie ; mais lorsque les besoins primaires étaient satisfaits, en particulier

par les institutions, un atelier « artistique » comme Superarte, apparaissait opportun,

avec sa visée à la fois thérapeutique et pédagogique.

À Paris, la prise en charge par les institutions est beaucoup plus importante,

mais là encore, les personnes sont des objets de soins dépendants, et non des sujets

en devenir. Les jeunes que nous avons rencontrés ne cherchaient pas seulement du

travail, une réinsertion professionnelle, mais aussi une place dans notre société où

l’expression de leur être ait de la valeur. Ils avaient beaucoup de points communs,

vivant dans une métropole avec tous les symptômes associés. Nous avons alors mis

les jeunes en lien avec les musées et leur quartier, afin de ne jamais isoler l’atelier dans

un contexte institutionnel, mais de permettre toujours le décloisonnement dans la

ville : la circulation des objets, des corps et des regards.

 

« Superarte » a un double sens en espagnol : le mot désigne à la fois le verbe « su-

perarse », se dépasser, il veut dire : « dépasse-toi », mais le mot veut dire aussi : Super

Art. Pour le nom d’un atelier, il était important qu’il désigne un sens positif pour les

jeunes. L’atelier Superarte cherchait à donner une alternative pour accompagner les

jeunes en situation des rues les plus en difficultés ou abandonnés, mais aussi soutenir

ceux qui étaient en train de quitter la rue.

Invitation SuperArte.pdf

 

Les objectifs

Il s’agissait, en quelques mois, de proposer à un groupe hétérogène de jeunes

motivés une formation pour participer à un atelier d’artisanat d’où ils sortent avec

un savoir-faire, une technique qu’ils pourront appliquer facilement ensuite dans leur

milieu de vie, dans la rue. Ils pourront la transformer et également la réinventer

selon leurs besoins, avec du matériel de recyclage, ce qui pourra leur donner une

alternative à la survie. Nous espérions ainsi réduire leur consommation de drogues

en les motivant pour autre chose qui les valorise et puisse éventuellement constituer

une activité lucrative, avec la vente de leurs objets dans la rue.

Quand nous proposions des activités ludiques ou manuelles aux jeunes des rues,

pour renforcer leurs capacités, leur estime de soi, ou les éloigner un temps de la

drogue, dans la plupart des cas nous nous sommes rendus compte que notre réalité

dans le centre était coupée de la réalité des jeunes. Quand nous proposions un ate-

lier de peinture à l’huile, par exemple, même si l’expérience était positive, elle ne

pouvait pas être renouvelée en dehors du centre, étant donné le coût du matériel. Le

jeune dépendait donc des éducateurs et du centre pour la pratiquer. Or nous visions

l’autonomie du sujet.

L’originalité de l’atelier Superarte est d’essayer de changer l’image stéréotypée et

négative du « pauvre jeune en situation de rue » ou « délinquant sale de la rue » en une

image plus positive pour lui-même et la société, plus constructive de « jeune artisan,

travailleur et capable ».

Cet atelier ne devait pas se substituer aux formations existantes mais permettre

une formation au cadre adapté au jeune en situation de rue, tout en demeurant une

activité ludique.

Le réalisme des activités est important. Le jeune en situation de rue cherche

la reconnaissance, de l’argent pour survivre, une indépendance, une identité, de la

confiance. Cette confiance en lui peut venir quand le résultat est satisfaisant à ses

yeux et qu’il a de la valeur. Tandis que, si l’éducateur s’attache plus au processus

qu’à son résultat, le jeune s’en désintéressera. Le fait que l’activité, l’objet, soit en

relation directe avec le monde extérieur, en particulier le monde du commerce et

de l’échange, constitue un atout dans le processus psycho-pédagogique et motive le

jeune.

 

Les référents de l’atelier étaient un artiste connaissant la transformation des ma-

tériaux de recyclage, et un éducateur ou un thérapeute pratiquant l’activité manuelle

et les étapes de création.

Le matériel était facile d’accès et d’un coût quasi nul. Les jeunes participants à

l’atelier apprenaient à repérer et à récupérer le matériel nécessaire recyclé, abandonné

dans leur environnement, afin de le transformer et d’en créer des objets. Ce savoir-là

et le matériel accessible leur donnait un sentiment de sécurité intérieure, de valeur.

Possesseurs d’un savoir qu’ils pouvaient utiliser et sur lequel ils pouvaient s’appuyer

pour survivre, ils acquéraient une meilleur estime de soi. À la fin de l’atelier, le jeune

pouvait se créer son propre réseau de clients, afin de vendre ses objets (restaurants,

bar, lieux culturels, magasins. . . ). De jeune en situation de rue, il était devenu jeune

artisan.

 

Objectif général

– Proposer aux jeunes d’un centre institutionnel, un atelier de création d’objets

originaux, avec des matériaux de recyclage : papier, verre, carton, etc. Leur

transmettre un savoir-faire : création de miroir ; objets utiles ou de décoration,

qui peuvent être par la suite vendus ou offerts par son créateur. Quand son

objet est terminé, nous leur donnons la possibilité de le vendre dans une expo-

vente.

– Motiver les jeunes à être autonomes et les ouvrir à d’autres centres d’intérêts ;

ils doivent faire face à leurs besoins, leur désir de consommer des objets ou

choses de la vie courante, choisis et achetés par eux et non donnés par les asso-

ciations, etc. Ce bénéfice économique est très motivant dès le départ mais en

réalité, pour l’équipe de Superarte, nous savons que cette première motivation

va permettre leur participation à l’atelier au fil des séances et ainsi leur don-

ner la possibilité de s’exprimer, prendre du temps sans drogues, par exemple, se

donner un espace de créativité. Ils ne seront plus soumis à l’urgence de survivre

et de se défendre dans la rue.

– Amélioration de l’estime de soi et de l’image de soi et réparation des ruptures

successives dans l’histoire personnelle du sujet.

Objectifs spécifiques

– Réfléchir avec les jeunes sur l’amélioration des stratégies de survie dans la rue

en dehors des stratégies hétéro-agressives ou auto-agressives (drogues, vol, etc.).

– Proposer un espace pédagogique et thérapeutique où chaque jeune bénéficie

d’un suivi personnalisé, respectant son rythme.

– Prévenir les risques et réduire les souffrances liées à son mode de vie dans la

rue, l’addiction et la violence.

– Réfléchir sur leur environnement et discuter avec eux en les sensibilisant aux

valeurs de leur culture, de l’art et de l’histoire. Leur proposer un espace ac-

cueillant, personnalisé et respectant leur processus psycho-social.

– Enfin, proposer à l’équipe éducative sur place de réfléchir et d’organiser d’au-

tres ateliers psycho-éducatifs adaptés à la demande et aux besoins des jeunes

grâce à de nouvelles médiations.

 

Cadre et dispositif de l’atelier Superarte

Cadre

– Chaque jeune peut venir pour une séance et doit arriver à l’heure pour profiter

de tout le temps de la séance pour travailler sur la création de son objet.

– Il doit, avant de participer à l’atelier, adhérer aux règles de respect et aux valeurs

de l’atelier Superarte comme tous les participants.

Dispositif

Il est nécessaire d’avoir un espace suffisamment lumineux et aéré, avec des chaises,

et plusieurs tables afin que les filles puissent aussi s’isoler d’une certaine pression

masculine. Des petits coins d’ateliers à l’intérieur de l’atelier doivent être créés afin

que chacun avance à son rythme.

Processus de l’activité

1. Recherche et récupération du matériel à recycler grâce à un réseau de solidarité

– magasins, vitrerie, etc. – établi avec l’aide des éducateurs qui connaissent la

topographie de la ville et l’environnement urbain.

2. Sélection des matériaux.

3. Transformation des matériaux.

4. Formation d’un réseau de clients pour exposer les objets, et création d’un site

internet.

Sur le site internet, le jeune pouvait présenter ses objets grâce à des photos. Le

site ne se référait pas à leur situation de rue, nous évitions ici tout misérabilisme, il

était consultable par eux à tout moment dans un café internet. Ils pouvaient donner

leur opinion et participer à son développement. Le site présentait une image très

positive du jeune, montrant ce qu’il est capable de faire : de la qualité et un résultat

d’artisan soigneux et talentueux. Le jeune pouvait montrer le site à ses amis, à sa

famille, et garder une trace de ses objets vendus, se constituer une expérience à long

terme. Nous proposions un album photo virtuel qu’il ne risquait pas de perdre dans

la rue. Cela lui permettait aussi d’avoir un lien avec la société, un lien avec la techno-

logie et la communication actuelle, et cette familiarisation pouvait lui donner envie

d’apprendre et de connaître d’autres choses sur le net.

 

Bilan global de l’atelier  

Aspect thérapeutique de l’atelier

« Je viens à l’atelier parce qu’ainsi je peux me concentrer un moment et m’éloigner du

vice un moment. . . » Christian, 20 ans.

« Ce que j’aime dans cet atelier, c’est l’ambiance de travail, les miroirs que nous réa-

lisons sont jolis, tout le monde se respecte. . . et je sais que je vais apprendre quelque chose,

que ça peut m’être toujours utile en cas de problème. » Karen, 16 ans.

Cette activité et ses étapes de réalisation sont particulièrement adaptées au profil

psychologique du jeune en situation de rue que l’on peut rencontrer. Dans un pre-

mier temps, le jeune ne se montre pas sous son meilleur rapport, il peut être sur la

défensive face à toute proposition que nous lui faisons. L’accueil et l’activité doivent

tenir compte de sa personnalité et du temps qu’il mettra pour faire confiance au cadre

de l’atelier. Nous retrouvons fréquemment chez le jeune en situation de rue, dans ses

attitudes les plus négatives :

– une intolérance à la frustration (impatience, impulsivité. . . ),

– le besoin de contester ou tester toutes formes de limites qui entraveraient li-

berté,

– la révolte (propre à l’adolescence),

– les défenses agressives,

– la méfiance envers toute nouvelle personne, etc.

Nous avons remarqué que la principale caractéristique du jeune en situation de

rue est qu’il est dans la constante recherche d’un bénéfice rapide et visible, qu’il soit

économique ou matériel. C’est sa principale motivation en apparence, car il doit as-

surer sa survie au quotidien. Cependant, dès que le jeune réalise qu’un endroit, une

activité, peut améliorer ses conditions de vie à moyen terme et non à court terme, et

que cette activité marque son intérêt, qu’il a du plaisir à la réaliser, le jeune est prêt

à s’engager et à fournir des efforts. S’il rencontre un espace d’accueil où il se sent sé-

curisé, il pourra alors faire baisser ses défenses, résistances agressives nécessaires dans

la rue, et développer tout son potentiel. L’atelier permet à l’adolescent de satisfaire

sa quête d’identité, en lui proposant une étiquette éloignée du « jeune en situation de

rue » mais plutôt une étiquette séduisante et valorisante, celle d’« artisan ».

Dans les différentes étapes de l’atelier Superarte, nous pouvons retrouver les sui-

vantes qui développent pour chacune d’entre elles des capacités et des habilités so-

ciales spécifiques. Dans l’exemple d’un atelier de fabrication de miroirs mais aussi

d’autres objets imaginés par les jeunes, toujours en matériaux de récupération, habi-

lités sollicitées étaient les suivantes :

1. recherche du matériel de base dans son environnement (carton, verre. . . ),

2. apprendre à couper le verre, fabriquer la pâte à papier, transformer le carton,

utiliser les outils,

3. imaginer son projet, dessiner, essayer les couleurs et choisir son matériel,

4. poser la pâte à papier, travailler sa dextérité,

5. laisser sécher, évaluer quand l’objet est fini ou ajouter les finitions,

6. présenter son objet, et en connaître la destination (cadeau, vente. . . ).

Les capacités développées sont les suivantes :

– Capacités liées à l’activité intellectuelle.

– Conscience et perception (attention, concentration et conscience de la réalité)

– Une vigilance leur est demandée, étant donné qu’ils ont eu à manipuler du

verre ou à poser une pâte très fine. Cette activité sollicite la pensée (le jugement,

la créativité, l’anticipation. . . ) et la mémoire (étapes de réalisation. . . ).

– Les jeunes apprennent à maîtriser la temporalité de la création, à se mettre à

distance de la pulsion et la circularité oppressante du temps de la rue.

De nombreuses personnes, y compris des éducateurs, pensent qu’il est dangereux

de confier du verre ou des objets fragiles à des jeunes en situation de rue. Ils peuvent

se blesser, car ils sont brusques, ou blesser, car ils ont des relations violentes avec les

autres. Or, en leur faisant confiance, il s’avère qu’ils sont tout à fait responsables et

malgré les tremblements des membres supérieurs dus à la consommation de drogue,

ils s’appliquent et souvent se motivent davantage puisque nous leur faisons encore

confiance et nous croyons encore en leurs capacités. Ainsi, des individus qui ont

l’habitude de briser le verre et d’utiliser les tessons pour se battre, se trouvaient pris

dans l’activité de le découper avec soin dans l’objectif d’une réalisation.

Plus les jeunes se voient proposer des défis et des activités difficiles, qui ne sem-

blent pas à leur portée ou de leur « classe sociale », plus ils sont motivés pour les

faire.

– Capacités liées à l’expression :

Cette activité permet de développer l’expression non verbale, verbale, gestuelle

et graphique ; la compréhension symbolique également.

– Capacités liées aux comportements :

Cette activité sollicite la volonté, la motivation, la décision, la prise d’initia-

tive, la persévérance, la flexibilité, la patience. Elle permet aussi l’expression

de l’affect : expression des émotions, estime de soi, tolérance, indépendance,

sentiment d’appartenance. Enfin elle renforce le sens de la responsabilité, amé-

liore la présentation de soi, le sentiment de sécurité personnelle, l’adaptation

aux situations, la sociabilité, l’affirmation de soi, la coopération, le contrôle de

ses pulsions, la spontanéité, l’écoute. . .

– Capacités liées aux sens et à l’activité motrice :

Cette activité permet également le mouvement du corps, dans les changements

de position qu’elle nécessite : assis, debout ; le travail bilatéral ; l’identification

des couleurs et la vision des détails ; le travail sur le volume et la verticalité, avec

l’objet : figure-fond ; la position spatiale ; le toucher : superficiel et la pression ;

l’endurance et la force.

 

Aspect pédagogique de l’atelier

Paulo Freire et Fernand Deligny ont été nos principales références dans le déve-

loppement de notre point de vue éducatif dans l’atelier Superarte.

Dans l’atelier Superarte, nous avons choisi d’opter pour la méthodologie partici-

pative qui permet au jeune et toute l’équipe éducative de se mettre en mouvement

dans un espace dynamique d’apprentissage. Nous utilisions des dynamiques de com-

munication horizontale, c’est-à-dire que le participant n’était pas considéré comme

celui qui reçoit un savoir, mais qui en possède un également, que nous écoutons et

que nous sommes prêts à recevoir. L’atelier devait développer une ambiance où l’opi-

nion est possible, où les doutes et les contradictions ne sont pas mis de côté, et où

l’univers de chacun compte. Pour la transmission des étapes techniques par un éduca-

teur ou un artiste, la méthode d’enseignement n’étant pas verticale, dès qu’un jeune

a acquis une technique, il peut l’enseigner à un néophyte. La méthode utilisée est

réciproque et personnalisée, chacun s’autorisera à exprimer ses limites et ses envies

afin de favoriser un climat de création.

Les référents de l’atelier avaient une vision systémique du sujet, c’est-à-dire multi-

dimensionnelle (valeurs, intérêts, rôles, motivations, interaction avec son environne-

ment. . . ), ce qui leur permettait d’avoir une approche plus globale de la personnalité

du jeune sans se figer sur les étapes techniques à accomplir dans l’activité. Le jeune

pouvait tout à fait revenir à une étape précédente. L’important était qu’il gagne en

autonomie dans l’atelier. L’activité est un moyen, non un but. L’éducateur devait

garder à l’esprit que le bien-être du sujet durant l’atelier était le but réel.

Durant la mise en place de l’atelier au Honduras et au Guatemala, nous avons

rencontré quelques résistances du côté des éducateurs, assez étonnés du degré d’in-

vestissement de jeunes qu’ils jugeaient peu susceptibles de participer à un atelier aussi

exigeant. L’initiative remettait en cause une certaine échelle d’évaluation commune

entre caractère asocial d’un jeune et simplicité des activités proposées. Il est pourtant

apparu que le contexte de l’atelier modifiait les comportements, et face au succès des

ventes d’objets, à la métamorphose de jeunes qui ont pu acheter des vêtements avec

le produit de leur vente, les éducateurs ont souvent marqué un intérêt accru pour

cette initiative.

 

Aspect social de l’atelier

L’argent peut aussi permettre de partager avec les autres, de

guider une relation de menace, de permettre une relation

avec autrui.

« Ce qui me plaît dans cet atelier, c’est la dimension du groupe, dans un esprit de

respect et d’entraide. . . Comme le miroir réalisé à deux, de Hakim et Emmanuel. C’est

valorisant ! » Mickaël, équipe du Centre Georges, Paris

Les objets aboutis, réalisés dans l’atelier de Superarte sur une session de deux mois

environ (temps complet) ont été exposés dans différents lieux de la capitale (quartier

chic et quartier commerçant). Les objets étaient vendus au profit du jeune qui les

avait créés, selon la valeur et le prix évalués avec l’éducateur référent de l’atelier.

Si la vente réussissait, le jeune en situation de rue avait tendance à dépenser son

argent pour sa consommation de drogue quotidienne. Pour éviter que tout le travail

sur l’estime de soi autour de la création d’un objet soit associé à l’achat de drogue,

nous leur avons proposé de leur attribuer des points au lieu de l’argent à la vente

de leur objet : 1 point égale 1 dollar. Cette transposition permettait ainsi de ne

pas réduire tout l’atelier à un commerce mais bien à une expérience collective ar-

tistique. Avec ces « points », les éducateurs établissaient avec eux une liste de ce qu’ils

pouvaient acheter, de ce dont ils avaient besoin. Une sortie était organisée au su-

permarché en groupe, ou un accompagnement individuel dans différentes boutiques

était organisé afin que le jeune puisse dépenser son argent de façon différente. La plu-

part des jeunes achetaient des produits de premières nécessités pour l’hygiène (savon,

shampooing. . . ), mais aussi des produits de beauté, de la nourriture, des friandises ;

des jouets ; des vêtements. . . Le fait de pouvoir acheter des objets grâce à la création

et à leur travail manuel leur a permis d’allier principe de réalité et principe de plaisir,

d’améliorer l’estime d’eux-mêmes, et de leur donner une perspective d’avenir.

Les différentes boutiques qui ont accepté d’exposer gratuitement les objets réali-

sés faisaient partie du réseau de clients. Nous réalisions ainsi, en amont et en aval, un

travail de prévention et de sensibilisation envers la population, qui pouvait se rendre

compte des capacités des jeunes en situation de rue d’un quartier très mal famé, et

réaliser qu’il était possible de les accompagner et de les aider de façon tangible sans

pour autant les assister dans l’urgence.

Conclusion sur l’expérience au Honduras

L’atelier Superarte s’adressait aux jeunes en situation de rue les plus vulnérables,

pour qui les éducateurs ne pariaient que sur le maintien d’une hygiène de base et non

plus sur le développement de leur motivation et la participation à un atelier exigeant.

Une moyenne de trente-cinq jeunes réguliers ont participé à l’atelier sur une ses-

sion de deux mois. L’expérience, forte et intense, a permis aux jeunes de s’accrocher

dès le départ à cet atelier défi, où ils n’arrivaient pas comme des misérables ou des

drogués. Beaucoup de filles ont participé à l’atelier, bien que les trois quart des jeunes

accueillis aient été des garçons. Certaines d’entre elles arrivaient enceintes, pour elles

réaliser un objet et connaître les techniques de sa réalisation afin de réaliser ailleurs

leur propre production était une question de survie et de protection de leur futur

enfant. Certaines étaient très désireuses d’apprendre car elles ne souhaitaient plus se

prostituer.

Ce qui s’est dégagé de cette expérience c’est surtout l’empreinte de l’ambiance de

l’atelier qui s’est marquée en chaque jeune : sa capacité à travailler tranquillement, à

se respecter et respecter les autre, à aller au bout d’un projet personnel. . . De plus, la

transmission d’un savoir, d’une technique a fait de l’atelier Superarte, un atelier qui

a laissé une trace après son arrêt ou quand tel jeune a décidé de l’arrêter.

Les trois quart des jeunes sont allés au bout de l’expérience, c’est-à-dire qu’ils

ont réalisé un objet qui a pris place dans une exposition commune, dans un lieu

reconnu de la ville. La plus grande partie des objets ont été vendus, le reliquat a été

racheté par l’association Superarte, puis exposé dans d’autres institutions. Au fur et

à mesure des expositions, l’ensemble a été écoulé. Des éducateurs ont été formés à

nos méthodes psycho-éducatives, ils ont été encouragés à oser mettre en place des

médiations exigeantes face à des jeunes en grande difficulté. Enfin, de nombreux

jeunes ayant participé à l’atelier ont continué à créer, seuls ou à plusieurs, des objets.

Étant autonomes, ils connaissaient toutes les étapes de la création de l’objet et ont

été marqués par le souvenir de l’accompagnement.

Enfin, l’atelier Superarte est encore en recherche, il ne s’arrête pas à des méthodes

psycho-éducatives définies. Il s’agit de ne pas se poser en modèle d’atelier éducatif et

de développer les capacités d’adaptation du jeune en situation de rue. Il s’agit de

proposer une expérience forte et exigeante, afin de le motiver par la création et le

développement de son univers personnel et culturel. Les beaux objets créés traversent

les espaces, ils sont regardés par la société, c’est alors peut-être que le regard change

pour tous : le jeune se regarde autrement et il est regardé autrement. Cette période

constitue de fait une concurrence à leur drogue et fait front à l’inconstance de la vie

dans la rue, sans verser dans des discours moralisateurs.

L’expérience de l’atelier Superarte n’est qu’un exemple de dispositif réfléchi et

créatif à mettre en place pour des jeunes adolescents en situation de rue. Ce qui est

intéressant dans cet atelier, c’est l’attraction qu’il peut susciter chez les jeunes : il ap-

paraît comme un atelier artistique et culturel. Ces adolescents ont besoin d’être nour-

ris par la culture, l’histoire, l’art et ce besoin, cette curiosité sont sensibles pour tous.

Chez l’éducateur comme chez le jeune ou la population générale, l’art et la culture

associés à l’expression de l’identité rassemblent. En décloisonnant les milieux, ils leur

permet de dialoguer entre eux. Trop souvent, les médecins s’adressent aux médecins,

les ONG aux ONG, les exclus aux exclus. Il est de toute importance, comme l’a tenté

le dispositif Superarte, de mêler les milieux, les classes, les lieux dans la ville, et de

faire se rencontrer les personnalités les plus réticentes à être mises en contact. Enfin,

l’atelier Superarte a une dimension lucrative pour les jeunes, mais sans encourager

l’alimentation d’une économie informelle ou marginale, qui les maintiendrait dans

des limites trop étroites. L’atelier doit demeurer temporaire, éducatif et une passe-

relle vers une meilleure estime de soi. Il ne s’agit pas de professionnaliser les jeunes

mais de leur donner un nouveau tremplin, un nouveau désir pour s’en sortir. Il s’agit

de les aider à vivre mieux, de gagner la confiance en eux pour que de nouveau les

jeunes et la population imaginent une société plurielle.

 


Actuellement Superarteparis est en sommeil, mais grâce à nos actions, d'autres associations culturelles ont pu proposer des espaces d'expressions aux résidents des centres d'hébergement d'urgence à Paris. En effet les directeurs de ces centres ont pris conscience de l'importance d'avoir aussi un projet créatif dans un centre d'urgence pour dépasser les épreuves du quotidien. Et le processus de création n'est pas antagoniste au monde de l'urgence. Il apparait comme un moyen thérapeutique et essentiel pour la personne en situation de précarité avec une faible estime d'elle-même. La création et la culture lui permet de réveiller en elle son potentiel et sa beauté. Elle rétablit sa dignité d'être humain. L'abri n'est pas simplement le toit mais aussi un projet dans la tête, qui fait penserà autre chose que la galère, avec d'autres, se retrouver pour créer et s'exprimer. En ces temps particulièrement difficiles matériellement pour les personnes en situation de précarité, la culture reste aussi une priorité et un besoin fondamental auquel tout être humain doit avoir accès. Actuellement l'imaginaire, les rêves, la créativité, l'histoire et les savoirs de chacun semblent ne pas être de grand intérêt, l'intérêt économique et la valeur de performance semblent prévaloir dans notre socièté et pourtant ce n'est pas cela qui nous rassemble et nous humanise. Un projet culturel permet de transformer ses souffrances et de réveler son potentiel, renouer des liens et de redonner espoir à la personne se trouvant en difficulté. Tous ceux qui sont témoins de cette transformation en sont les bénéficiaires, car cela nous donne espoir à tous. Ne nous laissons pas réduire à une publicité ou à un chiffre et n'oublions pas que "la différence est la plus belle chose que nous avons tous en commun"...Ne laissons pas la différence être renvoyée dans un charter! Reconnaissons là et soyons vigilants à l'uniformisation, aux aprioris et aux idées pré-conçues! La différence est une richesse et c'est notre priorité à l'association de la mettre en avant, comme tant d'autres associations qui résistent dans le monde dans ce sens.

Nous nous accordons actuellement un temps de bilan et de réflexions

pour mieux rebondir et approfondir nos méthodes d'"humanisation"...alors pour d'autres renseignements sur nos futurs projets, contacter moi!
Avec Elisa Bou, on compte remonter une dynamique et le projet!!
Agathe de Chassey: coordinatrice du projet, agathedechassey@hotmail.fr

Vendredi 21 mars ce fut le vernissage à l'atelier entresol dans le quartier du centre d'hébergement. Ce fut la dernière exposition " Le temps suspendu au Musée d'Art Moderne",
temoignages d'une recherche autour du thème de l'Autoportrait avec les jeunes du foyer George Sand en partenariat avec le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

Des créations des jeunes aussi ont été exposées à la librairie "Le comptoir des mots" en face de l'Atelier Entresol, au bénéfice des jeunes et de leurs projets.
Pendant presque deux semaines les visiteurs ont découvert ce travail au processus intime autour de l'autoportrait.
L'expo a été un succès!

Nos expériences:
Le vernissage de l'EXPOSITION VENTE de l'Atelier Superarte Art Paris a eu lieu le 9 novembre 2007 à 19H30 à LA LIBRAIRIE "LE COMPTOIR DES MOTS" 239 rue des pyrénnées, dans le 20 éme arrondissement à Paris.

Grâce à l'accueil chaleureux de Nathalie Lacroix, propriétaire de la librairie, et tous les invités, nous avons partagé un très bon moment de convivialité! Les jeunes étaient fiers d'exposer dans ce lieu si joli!
Merci à Nathalie pour son enthousiasme inconditionnel!

Grâce à des partenaires comme la librairie, les jeunes bénéficient d'un lieu d'expo permanent...et renoue le lien avec les lieux culturels...Très vite nous vous tenons informés!


EN PARTENARIAT AVEC LE MUSEE D'ART MODERNE de la Ville de Paris!
- Depuis Septembre nous avons initié notre partenariat avec le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (Service culturel et éducatif). Ce partenariat là aussi nous permet d'emmener le groupe Superarte en dehors des murs institutionnels et de découvrir et de s'approprier de nouveaux espaces culturels qu'offrent la ville! Deux fois par mois l'Atelier a lieu au Musée!!

Pour la plupart d'entre eux ce fut la première fois qu'ils rentraient dans un musée...

Pour un premier rendez vous avec Picasso ou Leger ou André Breton, l'expérience fut d'une grande richesse.
Elisa Bou, membre de l'association Superarte et conférencière au Musée d'Art Moderne a permis au groupe de parcourir avec une grande curiosité cet espace où tout un chacun ne s'autorise pas forcément à visiter.

"Cela m'a donné pleins d'idées pour mes créations à l'atelier Superarte!"

Le groupe de jeunes a pu ensuite exprimer ses impressions avec les différentes matières mises à disposition dans les ateliers pédagogiques du Musée.

Deux fois par mois, les participants de l'atelier Superarte auront la possibilité d'aller au Musée d'Art Moderne pour découvrir d'autres oeuvres et exprimer leurs points de vue. Sortir dans la ville, aller à la rencontre d'autres univers.
Ils pourront créer ensuite dans les ateliers du Musée.

Ces traces et leurs impressions feront ensuite l'objet d'un carnet de voyage " Voyage au Musée".

24.09.2007

PrOjEt SuPeRaRte pour une ville plus humaine

 

« Tous les êtres humains méritent d’être respectés.
Nous avons besoin de tout le monde pour construire la société de demain. »

Pour la réinsertion sociale à travers des ateliers culturels, artistiques, écologiques et thérapeutiques.

 

 

DOSSIER PRESSE

 

RTL-Journal du matin-Décembre 2007 à propos de "Superarte Théâtre"


podcast

 

 Projet Amérique Latine 2006:

 

Honduras T.W. 2006.pdf

Honduras this week 2006.pdf

 

 


« Dans les grandes villes, nous ne communiquons plus et nous passons à côté d’une personne en détresse, indifférent ou avec un sentiment d’impuissance qui nous rend tous un peu complice et coupable.
Un être humain aujourd’hui, s’il n’est pas compétitif, n’est pas reconnu socialement.
Notre savoir être et nos expériences de vie ne représentent plus une richesse.

Le progrès économique va si vite dans les villes qu’il néglige la relation essentielle avec l’autre et la nature.

Ce progrès économique a un prix : une régression importante du lien humain, une dégradation sociale sans précédent.

L’équipe Superarte intervient dans des centres d’hébergement d’urgence dans les mégapoles, dans des institutions où ce paradoxe est étouffé par notre société.

L'association Superarte est une association internationale qui contribue à diminuer le phénomène d’exclusion sociale urbain.


Nous créons des ateliers d’expressions culturels, artistiques, écologiques et thérapeutiques dans les institutions existantes, afin de contribuer, avec elles, à diminuer les frontières sociales grandissantes dans les villes.
Nous tentons de rétablir le dialogue brisé et réveiller les potentiels de chacune et chacun à travers l'expérience créatrice.

Nous proposons un espace commun où tous les savoirs ont une valeur et où personne n'en est exclu.

L'expression artistique permet de transcender les différences et offre toujours une alternative et un espoir, car il permet à l'être humain qui la pratique de se reconnaitre, de se transformer et de se libérer de l'étiquette qu'on souhaite trop rapidement lui attribuer. C'est alors que l'émancipation est toujours possible.

L’Art respecte le rythme intérieur de chacun(e), selon son histoire et son parcours personnel.
En reconnaissant la personne comme un sujet et non comme un objet, nous luttons contre la stigmatisation des individus en situation de diverses exclusions dans notre société. »

Equipe Superarte

22.09.2007

EXPERIENCES SuPeRaRtE ArT, un espace culturel et thérapeutique sur le terrain

Eté 2007

Pour la premiére saison Superarte-Paris 2007, nous avons formé un groupe de jeunes du foyer George Sand à Paris.

Une douzaine de personnes ont participé à notre atelier cet été.

Après deux mois de créations, nous avons réalisé une expo-vente à Montmartre le 22 juillet 2007.

Là encore cela a été un SUCCES!


Les passants ont été séduits par notre production colorée à base de matériaux de recyclage! Les jeunes créateurs étaient heureux de pouvoir présenter en direct leur réalisation et de partager avec le public!
Grâce à la vente de leurs créations les jeunes ont pu ainsi réaliser que leurs habilités valent vraiment et réaliser un projet plus personnel!

L'association Superarte remercie spécialement la direction générale du Centre d'Action Sociale de la Ville de Paris pour le financement de ce projet, ainsi que le C.H.U. Georges Sand du CASVP, la directrice Armelle de Guibert; la librairie Mimogea, un de nos partenaire-solidaire sur Paris pour les expo-vente.

Pour la rentrée prochaine nous allons collaborer avec le MUSEE D'ART MODERNE DE PARIS dans le cadre de l'atelier Superarte-Art! Nous vous écrirons davantage bientôt en quoi consiste cette formidable fenêtre pour améliorer l'accès à la culture pour toutes et tous...


Superarte-Théâtre a commencé cette année au C.H.U. Baudricourt du C.A.S.V.P, la création et l'expression théâtrale, là aussi permet de développer les habilités sociales de chacun!
Ce projet culturel est soutenu par le directeur Monsieur Vincent Barazer et la C.A.S.V.P.:

http://superartetheatre.blogspirit.com



Si vous souhaitez être informé de nos prochaines expo ventes, de nos représentations théâtrales de nos ateliers ou commander des objets.pour votre boutique ou faire des cadeaux signifiants..merci de nous laisser un commentaire sur ce blog!


Notre projet vous intérésse, ECRIVEZ-NOUS!!!
superarte2007@yahoo.fr
ou REAGISSEZ SUR CE BLOG!

A bientôt!

Equipe Superarte

Agathe de Chassey
Antonio Perla
Direction Générale

Association Superarte
13 rue veron
75018 Paris
Contact: (00 33) 6.75.70.50.89

Bilan de l'arrivée de Superarte à Paris en 2006

Fin 2006, une dizaine de personnes ont participé à notre atelier, deux aprés midi par semaine au Centre d'Hebergement d'Urgence Georges-Sand du Centre d'Action Sociale de la ville de Paris.

Nous avons organisé une Exposition-vente de nos créations le 16 décembre au marché de Noel du 20éme et 17 décembre à Montmartre.

Cela a été un vrai succés, une expérience humaine très instructive pour tout le groupe!!
Tous nos produits ont été vendu! les jeunes gardent un souvenir extraordinaire des échanges qu'ils ont pu avoir avec le public, et avec la vente des produits ils ont pu avoir un peu plus d'argent pour Noel.

Quelques commentaires autour de l'atelier des participants Superarte-Paris:

" Ce que j'aime dans l'atelier c'est qu'on peut réaliser ses idées, innover, montrer ses talents artistiques.
En équipe nous avons inventé avec des déchets
!"
Hakim, participant.

" C'est captivant!"
Ajougacia, participant.

"Si je suis capable de faire cela je suis capable alors de tout faire!"
Emmanuel, participant.

" Dès les premiéres séances de l'atelier, j'ai pu voir la qualité de la production évoluée, dans les recherches des couleurs, de la symétrie...l'usage des matiéres! Je trouve ça très intéressant et vraiment beau!"
Geneviéve, équipe du Centre Georges Sand.

" Salut les artistes!"
Ceux qui passent nous saluer à l'atelier!

" Je suis super content comme Superarte!
Comme j'ai besoin d'argent je fais des oeuvres aussi pour les vendre. Je me sens bien aprés l'atelier quand j'ai bien travaillé et quand j'ai fait de belles choses!"

Emir, participant.

" Ce qui me plait dans cet atelier c'est la dimension du groupe, dans un esprit de respect et d'entraide...Comme le miroir réalisé à deux, de Hakim et Emmanuel. C'est valorisant!"
Mikael, équipe du Centre Georges Sand.

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